Abeille Flandre et Languedoc
La fin des emblématiques remorqueurs de haute mer

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Terminé pour les Flandre et Languedoc, Le Maritime devait bien leur rendre un hommage après 43 ans de service ! Pour cela nous vous proposons de retracer leur histoire, et d’accompagner cela de quelques images de la Flandre, tout juste désarmée en attente de son transfert de Toulon à Brest.

Revenons en 1977. A cette époque les produits pétroliers sont en plein essor et la Suède compte bien prendre sa part du gâteau, à ce titre, elle dispose de plusieurs plateformes pétrolières vers la Baltique. Neptune transports & marine services, qui existe toujours et à ne pas confondre avec Neptune Lines dont nous consacrerons un article plus tard, exploite l’avitaillement de ces plateformes, et décide de lancer de nouveaux navires de ravitaillement à même de servir ces plateformes de plus en plus grosses. Las en en 1978 deux navires sont lancés en Norvège chez Ulstein, les Neptun Suecia et Gothia. Mais dès 1979, le deuxième choc pétrolier eut raison de la course au gigantisme, nos super-pétroliers français deviennent des barges flottantes, et les plateformes offshores suédoises tournent au ralenti. Neptun cherche un emploi à ses deux nouveaux supply surpuissants, qui se révèlent en outre de très bons remorqueurs de haute-mer, les plus puissants de la Baltique alors.

Copyright Neptun

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Ce sont les abeilles International qui affrètent les deux navires, pour étoffer leur flotte de remorqueurs d’assistance le long de nos côtes françaises. A cette époque la société est filiale à part entière de la Marine Nationale et pas encore rachetée par Bourbon. Les deux navires sont achetés l’année d’après par Les Abeilles en pleine propriété, et basés à Cherbourg et à Brest. L’Abeille Flandre, de cette dernière ville, est la plus sollicitée, et assurera des escortes, prête à appareiller en 20 minutes, pendant plus de 25 ans. Dès que la météo le faisait ressentir, généralement au-dessus de 25 nœuds de vent, le navire appareillait alors pour rester sur coffre au large d’Ouessant. Si plus d’un millier de missions sont à son actif, on peut noter plus de 300 remorquages, dont le 200e survînt en Avril 2000. Il faut dire que depuis quelques années, le remorquage n’est plus une option de l’armateur, mais une obligation de l’Etat côtier, évitant de précieuses minutes de négociations lors des avaries, comme celui de l’Amoco Cadiz en 1978.

Copyright Les Abeilles International

En 2005, à la venue des Abeilles Bourbon et Liberté qui prennent le relai à Brest et Cherbourg, les deux anciens remorqueurs sont déplacés sur les bases de Boulogne et Toulon. Ils continuent néanmoins leur service de sentinelle, et remorquent des navires de plus en plus gros, comme le Marco Polo de 366 mètres de long. Usés par les tempêtes qui sont leur quotidien, les deux navires ont souffert. En 2020, le groupe Econom qui succède à Bourbon (notre histoire à leur sujet) au capital des Abeilles, envisage leur remplacement par deux unités, assez anciennes, mais également d’anciens supply. En 2022 au terme de leur transformation, ils sont intégrés à la flotte pour les services de Boulogne et Toulon, envoyant à la retraite les anciens Neptun. Ils rejoignent tout deux Brest une dernière fois pour leur démantèlement à l’été 2022, sous une acclamation digne de leur aura. Ainsi s’achève une longue vie de tempête, à éviter bien des naufrages…

Nous clôturons enfin ce petit hommage avec les photos de Paul Coatmeur, élève à l'Hydro, qui nous montre la Flandre en cours de désarmement à Toulon à l'été 2022. Un immense merci à lui.