Qu'est-ce qu'un Cruise-ferry?

Beaucoup de compagnies parlent et vendent leur transbordeurs comme de véritables paquebots de croisière. Si certaines sont légitime, d’autres usurpent quelque peu cette appellation. D’où viennent-t-ils ? Quels intérêts pour les compagnies ?

Les ferries, à l’origine des paquebots à manutention horizontale, étaient dans les années 60 encore relativement luxueux, et ce n’est qu’au milieu de cette décennie que les navires de plus en plus fonctionnels ont vu le jour, devenant peu à peu la norme. Des navires comme le Sunward ou le Prinz Hamlet ou même en 1980 le magnifique Scandinavia, devenu plus tard un paquebot à part entière, ont été quelques exceptions dans ce paysage ferrystique majoritairement orienté vers le car-ferry confortable, mais fonctionnel.

L’essor du cruise-ferry viendra de la baltique, avec des essais plus ou moins hasardeux. La clientèle qui voyage en Scandinavie est très encline à dépenser et se faire plaisir pour quelques heures de voyage. La mer est aussi un moyen de transport relativement emprunté, et, à la chute du bloc soviétique les pays baltes découvrent la consommation, le voyage… Ils aiment donc pouvoir voyager et se tournent vers les navires les plus confortables et les plus démonstratifs. Les Silja Europa Serenade et Symphony sont alors les premiers navires du genre.

Les compagnies se démarquent alors pour proposer chacune dans leur style des ferries de luxe. Ils disposent généralement de nombreux ponts, environ 12 pour la plupart, et de très nombreuses surfaces vitrées. Une cheminée centrale est privilégiée, permettant de dégager la vue sur l’extérieur, parfois avec des balcons privés. Ils se démarquent également par une faible voire inexistante capacité en roulage pour le fret.

Suivant la tendance, les compagnies riveraines de la mer baltique ouest se dotent du nouveau concept de paquebot ferry : Olau, Color Lines, DFDS et Stena.  En France et en Méditerranée la première à dégainer en s’inspirant vraiment de navires baltes justement, est la SNCM et le Napoléon Bonaparte, qui propose alors la plus grande surface vitrée et la plus haute hauteur hors-tout. Mais le sud de l’Europe est peu adapté au concept, la clientèle étant très saisonnière, ces navires se voient inutiles toute une partie de l’année, les rendant peu rentables. Dans cette région peu de compagnies en firent construire, préférant des navires plus classiques, dont certains étaient presqu’aussi luxueux que des cruise-ferries, mais dotés d’une capacité fret en lieu et place d’autant de passagers « touristes ».

Dans les années 2000 la mouvance s’estompe peu à peu. Les compagnies ont du mal à assumer un tel engin, qui réclame beaucoup de personnel pour satisfaire toutes les possibilités qui s’offrent au client, qui, avec un tel fardage, consomme plus qu’un navire plus classique, et qui est inutile une bonne partie de l’année, rendant le navire très compliquer à exploiter. Ce qui se révèle une bonne idée de base est en fait très vicieux : Le paquebot ferry est un gouffre financier. Certaines compagnies essaient de combler les périodes de disette en proposant de Croisières, mais le personnel n’est pas adapté à recevoir une clientèle qui est là seulement pour le voyage, et qui attend donc plus de celui-ci qu’une simple traversée.

Le paquebot ferry trouve une utilité sur certaines lignes longues néanmoins, là où les passagers voyagent et on le temps de profiter du navire, et sont moins soumis aux variations saisonnières.  C’est le cas à la Brittany Ferries qui s’offre le Pont Aven en 2004. Moins haut, mais luxueux et adapté à sa ligne longue avec de multiples activités à effectuer à bord dans un très grand confort, le navire trouve alors sa clientèle. Puis à partir de 2008, la flambée des prix du carburant et les voyages moins nombreux sonnent le glas du cruise ferry. Son premier marché est le seul à lui consacré encore un intérêt, avec le maintient des navires existants et même quelques nouvelles commandes, comme les Baltic Princess, Color Magic ou autre Viking Grâce, qui, propulsé au GNL, attenue un des défauts du concept. Les compagnies avec des Cruise Ferries sur les bras les vendent, ou bien les exploitent avec plusieurs installations fermées voire démontées.

 

Aujourd’hui, les cruise ferries sont pour ainsi dire morts. Le passager peut le déplorer, mais force est de constater qu’à part en mer baltique où l’histoire et la géographie du plan d’eau s’y prête, ils sont une hérésie économique, mais restent dans nos cœurs des navires magnifiques.

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