L'éolien offshore européen

Grand enjeu de la transition énergétique au 21ème siècle, l’éolien offshore se développe en Europe depuis une vingtaine d’années et commence à arriver dans les eaux françaises. Cette nouvelle technique de production d'électricité déjà couramment utilisée sur la terre ferme avec plus de 8000 éoliennes terrestres réparties sur le territoire français offre un lot d’avantages - mais également d'inconvénients - pour une transition énergétique durable.

En Europe 

C’est au début des années 2000 que l’éolien offshore vu le jour au Danemark mais sans grand succès, cette technologie n’étant pas encore assez développée pour obtenir des résultats convainquant. Il faudra attendre la seconde moitié des années 2010 et l’essors des constructeurs éoliens offshores, Siemens ou Areva pour ne citer qu’eux, pour voir les champs éoliens se multiplier en Mer du Nord.  Cinq pays se lanceront à grand pas dans la course à l’éolien en mer : l’Angleterre qui profite de sa situation pour implanter des parcs tout autour de l’ile, en Mer du Nord, en Manche et en Mer d’Irlande, ainsi que l’Allemagne, le Danemark, les Pays Bas et la Belgique qui tirent profit des eaux peu profondes et des fonds plats de la Mer du Nord.

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Au fil des années d’autres pays se lancèrent à leur tour, d’abord Suède et la Finlande puis vint l’Irlande, la Norvège, la France, l’Espagne et l’Italie. L’Italie inaugura par ailleurs en avril 2022 le tout premier parc éolien méditerranéen au large de Tarente avec dix éoliennes flottantes fabriquées par le premier concurrent chinois, MingYang Smart Energy.

A l’échelle européenne l’éolien offshore n’en est qu’à ses débuts mais pourtant les différents Etats misent gros, d'ici 2050, sur ce nouveau moyen de produire de l'énergie verte. La France a ainsi annoncé la création de 50 parcs d’ici cette échéance et une alliance énergétique passée en mai dernier entre la Belgique, les Pays Bas, l’Allemagne et le Danemark prévoie la multiplication par 10 de leur capacité d’ici la moitié du siècle.  En 2030 ces quatre pays produiront à eux seuls 65 000 MW contre 15 000 MW en 2017. Ils annoncent pouvoir alimenter en 2050 pas moins de 230 millions de foyers grâce à l’électricité produite en mer. Pour comparaison, en France l’objectif est de 18 000 MW d’ici 2030.

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Le fonctionnement 

Les éoliennes offshores sont alignées les unes aux autres et regroupées pour créer un "parc" ou une "ferme" à environ 10km des côtes. Elles peuvent être flottantes ou posées sur le fond marin.  Semblables aux éoliennes terrestres elles sont plus robustes afin de résister aux conditions maritimes plus difficiles : vents fort, corrosion, force de la houle. Le vent étant plus fort et plus régulier en mer qu’a terre les éoliennes offshores sont plus productives mais également bien plus grosses en s’élevant à plus de 170m de hauteur en bout de pales. Elles sont donc en revanche plus chères à produire et à mettre en service.

Le principe de base reste le même, le vent faisant tourner les pales qui entrainent un générateur transformant l’énergie mécanique en énergie électrique. Les éoliennes sont connectées via câbles sous-marins à une plateforme électrique située dans le parc qui est elle-même connectée à la terre pour le transfert de l’électricité produite.

L'installation d'un parc 

Un parc offshore est très long à mettre en place et bien plus couteux à entretenir. Plus de dix ans peuvent s’écouler entre la phase d’étude et la pose de la première éolienne. Tout un arsenal de navires est mobilisé pour la construction d’un parc. Plusieurs opérations sont nécessaires avec la préparation du sous-sol marin, puis la pose des câbles sous-marins et enfin la plateforme électrique. Ensuite interviennent des offshores support vessels qui ont pour missions d’installer les turbines sur le site. La maintenance est assurée par des navires de soutient et d’approvisionnement semblables à ceux travaillant sur les installations offshores d’hydrocarbures. De nouveaux navires spécialisés dans le secteur de l’éolien sont également construits et équipés de grues et nacelles pour intervenir directement sur la turbine. Concernant la gestion des techniciens ils sont transportés à  bord de surfers qui sont des petites navettes rapides. Enfin des navires spéciaux sont chargés de surveiller le parc.

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Le Rockpiper, un pipe buying vessel armé par le néerlandais Boskalis, a pour missions de préparer le sol sous-marins avant l'installation des premiers équipements. 

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Le Sea Challenger du belge Deme est un offshore support vessel dédié à l'installation des turbine sur site. Il peut charger les turbines et les pales séparément grâce à ses apparaux d'arrimages visibles sur le pont. Il viendra ensuite avec ses quatre piliers se planter dans le sol pour gagner en stabilité lorsqu'il manœuvrera et installera les pièces à l'aide de sa grue.

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Le Normand Pacific est un navire offshore non spécialisé dans l'éolien mais travaillant sur l'installation des parcs en Baie de Seine.

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Windea La Cour est un offshore supply vessel allemand spécialement construit pour le travail dans les fermes éoliennes offshores. 

En France

En France quatre champs sont en cours d’installation au large de Fécamp, de Courseulles sur Mer dans le Calavados, de Saint Brieuc et de Saint Nazaire. Concernant les entreprises françaises, le géant Total Energies à des intérêts dans plusieurs parc européens notamment en Angleterre et quant aux premiers parcs français ils seront gérés en accordance par EDF Renouvelable et des entreprises étrangères. Concernant les emplois à terre, les champs éoliens sont une véritable aubaine pour les régions impactées puisque qu’une très grande partie de la production des éoliennes, des pylônes et des stations électriques se font en France sur les sites du Havre, de Cherbourg et de Saint Nazaire. Rien qu’au Havre près de 1000 emplois ont été créés dans cette industrie pour, entres autres, fabriquer et assembler la totalité des 71 éoliennes qui seront exploitées au large de Fécamp. Seul bémol, les emplois pour les marins français. En effet les navires travaillant sur l’installation des futurs parcs appartiennent à des compagnies étrangères et hormis un navire, le Wind of Pride de Louis Dreyfus Armateur sur la ferme de Saint Nazaire, il est impossible de trouver des navires sous pavillon français RIF ou de premier registre. Les choses devraient cependant s'accélérer d’ici 2023 puisque plusieurs projets sont entrain de se concrétiser. Annoncé en 2020, Boluda France sera en charge des surfers qui effectueront les transferts d’équipages depuis six bases terrestres dont Le Havre et Saint Nazaire vers les parcs. Plus récemment il a été annoncé la francisation d’un navire d’Edda Wind par le groupe Siemens pour la maintenance du parc de Saint Brieux ou encore le groupe français Bourbon qui a annoncé il y a quelques jours la commercialisation de navires de support de et maintenance, type Windea La Cour, destinés aux parcs français.

Hormis les éoliennes construites par l'usine Siemens, le Havre abrite également la construction des 71 pylônes qui supporteront les turbines au large de Fécamp. Une fois complétement construits il seront transférés sur une barge qui les amènera directement sur le site.

Encore à son tout début, l’éolien offshore ne peut que se développer avec huit nouveaux parcs en projet en France dont deux flottants dans le Golf du Lion en Mer Méditerranée. Le Président Macron a également annoncé en février 2022 un objectif de 50 parcs d’ici 2050. Mais il reste à savoir où. Les parcs concerneront seulement la métropole ou alors se développeront ils sur les autres continents ?

L’industrie de l’éolien offshore offre un panel d’avantages dans l’objectif d’une décarbonisation rapide, un rendement deux fois supérieurs aux éoliennes terrestres, très peu de pollution, un apport économique important et une création de très nombreux emplois dans une multitudes de domaines. De plus, une fois en place les parcs deviennent de véritables sanctuaires pour les espèces sous marines.   

En revanche une opposition reste farouchement contre l’implantation de ces parcs, soulevant ainsi la question du recyclage des pales qui ont une durée de vie en mer bien plus limitée et créant ainsi un non-sens écologique.

 

Alors, l’éolien offshore en Europe est il une fausse bonne idée ou un véritable atout en devenir ?